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Pourquoi j'ai voté OUI au référendum de 1980

par Victor Teboul
Ph.D. (Université de Montréal), Directeur, Tolerance.ca®

 

 

 

 

 

 

 

On remarquera en lisant cet article que l’accusation de racisme adressée aujourd’hui aux souverainistes est une ritournelle dont se servaient déjà les adversaires du mouvement indépendantiste…en 1980. C’est à cela aussi que je répliquai en défendant l’option du OUI lors du référendum de 1980. Ma position fut publiée au Devoir le 29 avril 1980, quelques semaines avant le vote du 20 mai de cette année.  Elle s'intitulait :

« Au-delà des barrières culturelles », Le Devoir, 29 avril 1980, p. 7.

Par Victor Teboul

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M. Teboul est professeur au CÉGEP Lionel-Groulx

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Les accusations de racisme portées récemment contre le Parti québécois par certains porte-parole ethniques du camp du NON indiquent bien d'où vient la violence verbale et qui l’attise.

Mais cette tension inter-ethnique n'existe que parce que le camp fédéraliste et les partis qui ont l’représenté ici ont toujours encouragé la ghettoïsation des cultures au Québec. S’il est vrai que c'est par une nécessité démographique que 1’on st est intéressé à intégrer les nouveaux arrivants dans le courant francophone, il n'est pas moins vrai aussi que cette nécessité constitue un indice de la nouvelle relation que les Québécois francophones - jusqu' ici culturellement hermétiques – tentent aujourd'hui d'établir avec ceux vivant parmi eux ou qui viendront y vivre.

Or ceux qui aujourd'hui crient au racisme refusent en fait cette nouvelle réalité-là.

II me semble quant à moi que seule la victoire du OUI pourrait résoudre une ambiguïté qui est une grande source de tensions interculturelles au Québec. Car un pays hypothétique comme le Québec actuel ne fera qu’accentuer la marginalisation et la fragmentation des ethnies, alors qu'au contraire, avec la loi 101, on commençait à se diriger vers une identité collective dans le respect de la différence.

Pour moi, l’arrivée du Parti québécois au pouvoir indiquait qu'enfin tous ceux qui vivent au Québec pouvaient se réclamer de 1’appartenance québécoise. Mais pour que cela se fît dans la pratique, n'était-ce pas souhaitable et normal que nous nous comprenions au moins dans la langue de la majorité et que nous participions tous à la même culture ?

Pour moi, qui suis francophone sans être d'origine canadienne-française, l'arrivée du PQ signifiait qu'il ne y aurait plus d’une part les Canadiens français et puis les « autres ». Et ce cloisonnement ethnique et culturel n’existait en fait que parce que les Canadiens français 1’avaient désiré, suivant en cela le « pattern » de tout groupe minoritaire qui pour survivre serre les rangs et garde « l’autre » à distance.

L'arrivée du PQ signifiait donc aussi que le Canadien français franchissait une étape importante non seulement pour lui, mais aussi pour moi, Québécois d’tune autre origine. Elle signifiait que le Canadien français justement ne serait plus Canadien français, mais Québécois et que si je ne pouvais pas devenir Canadien français, je pouvais par contre me réclamer Québécois. C'est que 1’on passait d'une réalité qui définissait une minorité ethnique canadienne, au même titre que les Doukhobors ou les Ukrainiens, à une entité nationale associée à un territoire.

C’est là finalement toute la différence à mon avis entre un Québec fédéraliste et un Québec souverain. Dans le premier cas, on me demande d'épouser une identité minoritaire - avec toutes les ambiguïtés qu'elle comporte - dans le second, de me joindre à une nation. Pour moi l’alternative est claire.
Si cette identité minoritaire est plus ou moins supportable pour les Canadiens français qui sont parvenus avec le temps à rationaliser les frustrations qu'elle suscite et même à rendre celles-ci productives si on pense à la puissance créatrice de leurs écrivains et artistes, on ne peut pas demander à un nouvel arrivé à ce qu'il aspire à devenir minoritaire. Un allophone n'a qu'à regarder autour de lui pour découvrir que toutes les structures que les Canadiens français se sont données ont épousé ces traits du minoritaire, et servi à défaut de pays, à les protéger. Ce n'est pas un hasard si les Caisses populaires ont cet air de famille qui n'évoque pas en moi cette même résonance émotive de réussite collective qu'elles peuvent susciter chez un Québécois de vieille souche. De même, en se retranchant derrière des structures confessionnelles, l’école publique québécoise n'exprime-t-elle pas aussi ce comportement du minoritaire et ne charrie-t-elle pas ainsi le passé qui lui est propre ?

Cet air de famille qui ressemble tant aux institutions canadiennes-françaises illustre bien cette condition insécure du minoritaire qui n'a pas toujours su ni voulu intégrer les différences et les faire siennes, de crainte que cela le change.

C’est pourquoi, pour moi, l’intérêt que le gouvernement péquiste a porté aux ethnies du Québec ne recelait pas qu'une motivation exclusivement politique. Il coïncidait avec 1’évolution des Québécois et correspondait à leur maturité politique. II indiquait aussi un changement dans la mentalité des Québécois : tant que ceux-ci se considéraient une minorité et se comportaient comme telle, aucune motivation ne pouvait pousser un gouvernement d’un peuple minoritaire à s’intéresser aux autres minorités vivant dans
son territoire.

Malgré plusieurs maladresses, le gouvernement de René Lévesque demeure pour moi le seul gouvernement qui s’est mis à 1’écoute des « autres ». Mieux, c’est le premier qui, dans un esprit de décloisonnement ethnique et culturel, a mis les appareils gouvernementaux et paragouvernementaux (ministères, organismes culturels ou réseau de télévision d'Etat) à 1’écoute des autres cultures. Pour une fois on dépassait 1’échange folklorique et ce serait malhonnête que de le nier.

Un vote affirmatif au Référendum représente pour moi la poursuite de cette démarche.

Paru dans Le Devoir, « Au-delà des barrières culturelles », vol. 71, no 89, 29 avril 1980, p. 7.

Mise en ligne sur ce site : 10 août 2020.



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