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J'étais - déjà !- un indépendantiste québécois à 23 ans ! «Pour un État du Québec» est paru dans Le Devoir, le lundi 30 décembre 1968 à la p. 5.

par Victor Teboul
Ph.D. (Université de Montréal), Directeur, Tolerance.ca®

Pour un État du Québec, Le Devoir, 30 décembre 1968, p.5.

On lira ci-dessous mon premier texte indépendantiste. J’avais alors 23 ans et je venais d’obtenir la citoyenneté canadienne. À mon arrivée au Canada, je découvrais que Montréal ne reflétait pas du tout le caractère francophone de la province, mais je constatais aussi que les indépendantistes – ou les séparatistes, comme on les appelait alors – avaient une forte tendance, dans leur combat, à associer les minorités ethniques, dont les Juifs, à leurs adversaires. Je répondais donc à Claude Jasmin, qui, dans un texte au Devoir, exprimait cette attitude.

Aux élections d'avril 1970, constant dans ma démarche, je militais pour le Parti québécois et représentais Paul Unterberg, le candidat du Parti québécois dans la circonscription de d'Arcy-McGee. Aux élections de 1994, j'occupais le poste bénévole de directeur des communications du Parti québécois dans la circonscription d'Outremont.

J'ai ainsi toujours tenté par mes actions et mes publications à sensibiliser les leaders juifs aux aspirations indépendantistes et à mieux faire connaître les réalités juives auprès des intellectuels québécois. 

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Pour un État du Québec

par Victor Teboul

Étant devenu Canadien officiellement depuis quelques semaines, sympathisant de plus en plus avec les nationalistes québécois surtout depuis ma récente promesse d’allégeance à sa Majesté la reine du Canada et étant aussi juif, je trouve enquiquinant que des séparatistes tels que M. Claude Jasmin, qui a écrit dans votre rubrique «Libres Opinions» du jeudi 19 décembre et d’autres partisans de ce mouvement, mettent dans le même sac «les émigrants angliphiés italiens, allemands, juifs».

Bien que je ne voudrais pas entraîner une discussion pour définir ce qu’est au fond un Juif et pourquoi ne se qualifierait-il pas comme Allemand, Polonais ou autre, je pense qu’il y a des milliers de Juifs de langue française arrivés pour la plupart de l’Afrique du Nord, qui, j’en suis sûr, ne tomberaient pas dans la classification que M. Jasmin a faite puisqu’ils sont majoritairement francophones et donc normalement Québécois.

Je suis personnellement entièrement d’accord avec tout ce que disait l’article mais je tiens à ce que les choses demeurent claires. Si le problème au Québec est un problème principalement linguistique, il est inutile de compliquer les choses en mêlant toutes les nationalités d’immigrants et en plus la religion puisque le judaïsme est d’abord une religion mais qui semble être de plus en plus défini en Amérique du Nord comme un groupe ethnique.

Le point de vue de M. Jasmin qui voit la langue française réduite au niveau du folklore dans un «melting-pot» nouvelle version qui s’appelle «Bilingualism from coast to coast» et qui vise simplement et calmement à faire du français une langue de théâtre pour consoler les futurs assimilés du Québec est un point de vue parfaitement compréhensible.

On pourrait soupçonner l’auteur de cet article cependant d’une certaine phobie des nouveaux arrivants et peut-être même d’un certain mépris pour des gens qui optent malgré eux à «s’angliphier», comme dit M. Jasmin. Il faut pourtant aller au fond des choses et se demander pourquoi ces gens le font. Le Québec, mes chers Québécois, n’a un ministère de l’immigration que depuis quelques mois tandis que l’Ontario en a un depuis vingt ans. Pour être précis, c’est un ministère attaché à un ministère provincial. Le Canada qui a à sa tête une reine anglaise a toujours projeté une image anglaise de lui-même sauf peut-être pour ces trois dernières années. Il est aussi membre du Commonwealth et enfin, entre autres traits qui caractérisent  le visage uniculturel du Canada, il n’est pas nécessaire de connaître le français pour immigrer au Canadam voire même au Québec.

Ainsi, quand on arrive au Québec, on arrive dans une province d’un pays de langue anglaise et que ceci plaise aux séparatistes ou non ça va être ainsi tant que la majorité des Québécois demeurent hésitants, s’en moquent ou sont apathiques à cette situation. Tant que la langue du travail est l’anglais et tant que le Québécois n’a pas établi sa propre langue comme langue officielle (et non simplement «nationale» comme le veut le présent gouvernement de la province) et n’a pas pris les moyens pour que le français ne soit pas seulement une langue de traduction, mais une langue vivante et créatrice, il n’a aucun droit à demander aux immigrants d’apprendre le français et encore moins le droit de les critiquer parce qu’ils apprennent  et parlent une autre langue qui n’est pas celle des habitants de la province.

Le mouvement séparatiste québécois n’a pas à mon avis une phobie des étrangers mais au contraire voudrait les intégrer d’une façon harmonieuse et sans créer des hostilités (et je pense particulièrement à la position de M. René Lévesque vis-à-vis le MIS dans l’affaire de Saint-Léonard) à une vie française. C’est la raison pour laquelle la classification faite par les nationalistes québécois où l’on se plaît à mettre le juif automatiquement dans le camp des anglophones m’a frappé.

Un État québécois voudrait, j’espère, signifier où tous les francophones et les francophiles seraient les bienvenus, un pays surtout laïque ou un Québécois serait aussi un juif et non seulement un catholique francophone.

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Une note biographique :je signais Victor Abouteboul car c’est le nom qui apparaissait sur mon passeport canadien avant le changement légal du nom en Teboul, effectué en 1974. Tous mes documents personnels à Alexandrie, comme mes bulletins d’école, portaient le nom Teboul. J’ignore comment lorsque nous quittions l’Égypte, en 1956, Abouteboul fut inscrit au passeport français qui nous fut délivré pour notre départ. Comme, en arabe, Abou signifie père et s’ajoute à la composition des noms propres, peut-être faut-il trouver là un début d’explication. De plus, en Égypte, nous ne détenions pas de passeport… J’effectuai le changement légal en 1974 alors que je signais tous mes articles parus dans les périodiques québécois de la forme initiale  de mon patronyme.

Au bas du texte on indiquait : Montréal, 22 décembre 1968, soit la date à laquelle le quotidien avait reçu la lettre.

Pour être précis, j'avais publié dans The Georgian, le journal étudiant de l'Université Sir George Williams, où je suivais des cours, un autre article indépendantste en septembre 1968. Il était signé d'un pseudonyme - Vicks !-, car je venais tout juste d'obtenir la fameuse citoyenneté canadienne et je craignais que les autorités fédérales me causent certains problèmes. J'étais devenu citoyen canadien en juillet 1968, cinq ans après mon arrivée à Montréal.   

Référence (aller à la p. 5) : Le Devoir

 

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Note

Je militais aussi pour un État francophone indépendant alors que j'étudiais à l'Université Sir George Williams (aujourd'hui Université Concordia). Je publiais l'article «Le Québec - un ''melting-pot'' français ? » en spetembre 1968 dans le journal étudiant The Georgian. Je le signais du pseudonyme VICKS, car je venais tout juste d'obtenir la citoyenneté canadienne. On trouvera le texte en format PDF, ICI.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise en ligne sur ce site : 23 juin 2020



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