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Mes démarches visant à publier une revue juive québécoise

par Victor Teboul
Ph.D. (Université de Montréal), Directeur, Tolerance.ca®

La revue Jonathan fut sans doute la première publication mensuelle de  langue française, émanant de la communauté juive, à commenter la scène culturelle et politique québécoise sous l'angle de la diversité. Depuis la disparition, neuf ans plus tôt, de Nouveau Monde ,fondé par le souverainiste Meyer Joshua Nurenberger, revue dont j'ai eu le plaisir de diriger brièvement la rédaction, j'avais entrepris de nombreuses démarches afin de publier un magazine de langue française qui exprimerait un point de vue juif sur la société québécoise.  

J'étais un lecteur des revues juives de France, telle que L'Arche ainsi que des nombreuses publications juives américaines, telle que Moment, et j'estimais qu'une revue juive de langue française se devait aussi d'être publiée au Québec.

Ce furent finalement les dirigeants du Comité Canada-Israël qui acceptèrent mon projet. Je souhaitais que le public québécois ait une meilleure connaissance de la communauté juive du Québec ainsi que du pluralisme existant au sein de la société israélienne. On me proposa, dans le cadre du projet, d'assumer la direction au Québec du Comité Canada -Israël (CIC), fonction que je fus heureux d'accepter.  Je fondai au sein du CIC, le Comité Québec-Israël, qui fut la société éditrice de la revue Jonathan

C’est à la suite de la parution de mon ouvrage Mythe et images du Juif au Québec et de mes nombreuses interventions (médias, conférences, tables rondes) [1]visant à corriger certaines perceptions sur les Juifs et Israël que l’on m’invita à diriger au Québec l'importante organisation de la communauité juive qu'était le Comité Canada-Israël.

J'acceptai l’invitation dans la mesure où l’on m’offrait les moyens de publier un magazine de langue française qui permettrait d'explorer autant la diversité de la présence juive au Québec que le pluralisme présent au sein même de la société québécoise. Je proposai aussi que le caractère multiforme des réalités israéliennes puisse y être présenté, ceci dans un contexte où les approches le plus souvent favorisées par les organisations juives s'apparentaient à des versions officielles, teintées d'une coloration anglo-américaine.

Ce fut donc la naissance de la revue JONATHAN, que j'ai dirigée durant les cinq années de son existence, soit de 1981 à 1986.

On comprendra que des habitudes bien ancrées au sein des institutions juives rendaient difficile une présentation plurielle de la société israélienne. De plus, une méconnaissance de la société francophone parmi les leaders des organisations ne me facilitait pas la tâche. Il m'a fallu souvent entreprendre des démarches directes (et discrètes,,,) avec mes vis-à-vis en Israël (hauts fonctionnaires de divers ministères, universitaires, etc.) dont l’intérêt pour le Québec et sa culture me surprit et me fascina. C’est grâce à eux et grâce au soutien aussi de mon président, M. Ted Greenfield, que j’ai pu réaliser de nombreux projets tout en demeurant discret avec certains membres de mon Conseil d'administration. Ce fut cette collaboration directe avec les Israéliens et en toute discrétion que j’ai pu organiser la visite en Israël de Pierre Bourgault, dont les envolées lyriques suscitaient l’effroi de l’establishment juif anglophone de Montréal.  

Devrais-je ajouter que, dans le cadre mes interventions au sein des organismes de la communauté juive, de même que lors de mes échanges en Israël, j'eus l'occasion aussi - et je l'avoue ici bien humblement - de présenter des réalités peu connues sur l'évolution de la société québécoise et sur les aspirations légitimes du mouvement souverainiste alors que, comme on le sait, le gouvernement de M. Lévesque entamait en avril 1981 son deuxième mandat.

Outre la visite de Pierre Bourgault en Israël, j’ai pu réaliser de nombreux projets avec le soutien de Bernard Landry, alors ministre dans le gouvernement Lévesque. J'ai pu ainsi collaborer à la production d'un Supplément spécial sur le Québec, qui fut publié dans l'édition internationale du Jerusalem Post, et organiser une visite officielle en Israël des membres de l'Exécutif de la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN), à laquelle s’était jointe Monique Simard, vice-présidente à l’époque de la CSN. La revue Jonathan reçut en outre une invitation du ministère des Affaires étrangères israélien et une délégation d'écrivains québécois, que j’ai eu l'honneur de diriger, fut accueillie en Israël dans le cadre d’une visite officielle. Sans doute une première dans les relations israélo-québécoises ! 

Ce qu'il faut aussi ajouter, c'est qu'il n'était pas toujours facile de s'exprimer dans les tribunes de l'époque, et cela ne l'est pas plus facile aujourd'hui, lorsqu'on ne possède pas son propre média ou sa page Facebook.... J'eus par exemple plusieurs échanges avec M. Claude Ryan dans les années 1970 lorsqu'il s'agissait de corriger des articles erronnés sur Israël et sur les Juifs. Le directeur du Devoir n'acceptait de publier mes textes qu'après moult dicussions et négociations (pour ceux qui finirent par paraître). Lorsque vous préconisez l'esprit critique vis-à-vis de toutes les idéologies et de toutes les comunautés, cela ne vous attire pas toujours des amis et une censure systématique inévitablement s'ensuit auprès des milieux qui se pensent éclairés. À l'époque de Jonathan, et tout indépendantiste que je fusse (et que je continue d'être), je publiai des articles, entre autres, de Michel Morin, dont la pensée critique de l'idéologie nationaliste est bien connue, ce qui déplaisait aux cercles proches du gouvernement Lévesque et à une certaine élite. Je réalisais en outre des entrevues avec les milieux de la gauche israélienne ainsi qu'avec des Palestiniens et des Arabes israéliens. «Est-ce ainsi que l'on défend Israël ? », me demandait-on dans les milieux officiels. Une question évidemment que l'on ne me posait pas lorsque j'interviewai des représentants de la droite.

Je demeure toujours convaincu que c'est la confromtation des idées qui nous permet d'avancer et non le monolithisme de la pensée. 

Il n'est donc pas surprenant que des travaux produits par certains «universitaires», qui prétendent se pencher sur l'histoire de la communauté juive du Québec, omettent systématiquement de signaler l'existence de Jonathan ainsi que mes propres ouvrages. J'ai tenté de comprendre cette forme sournoise de censure ICI.

Pour les chercheurs sérieux qui s'intéressent aux rapports entre Juifs et Québécois, aux articles et analyses des nombreux collaborateurs et collaboratrices ainsi qu'aux entrevues réalisées par ces derniers, je signale que Jonathan est disponible pour consultation dans de nombreuses bibliothèques au Québec, au Canada, aux USA et en Israël, On trouvera les  précisions bibliographiques sur cette page du présent ouvrage Jonathan dans les Bibliothèques.

Compte tenu de la place occupée par la revue Jonathan dans le cadre des relations interculturelles, dont on trouvera, dans le présent ouvrage, de nombreuses pistes de recherche, il serait souhaitable qu'une version numérisée soit rendue accessible aux chercheur-e-s.

Outre sa disponibilité dans les bibliothèques, plusieurs numéros de la revue ont été déposés au Fonds Victor Teboul, au Service des archives de l'Université Concordia, à Montréal. 

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[1]Je fus notamment recherchiste de la série des six émissions intitulées « Nous, Juifs Québécois », réalisée par Raoul Fox,  ainsi qu’aux quatre émissions « En tant que Juifs », réalisées par Sandra Chitayat, dont j'ai aussi assuré l'animation. Les deux séries furent diffusées à Radio-Québec (aujourd'hui Télé-Québec) en 1979 et en 1980 dans le cadre de la programmation Planète conçue par le gouvernement Lévesque sous l'impulsion des ministres Jacques Couture et Gérald Godin, qui ont occupé successivement le poste de ministre de l'Immigration. La programmation avait comme mandat, dans l'esprit des politiques interculturelles, de favoriser une meilleure connaissance des communautés culturelles auprès des Québécois. 

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Mise en ligne, 19 mars 2021



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