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Publier Jonathan

par Victor Teboul
Ph.D. (Université de Montréal), Directeur, Tolerance.ca®

La revue Jonathan parut à la rentrée 1981, datée d'octobre. Elle fut sans doute la première publication mensuelle à commenter la scène culturelle et politique québécoise sous l'angle de la diversité. Depuis la disparition, neuf ans plus tôt, de Nouveau Monde (fondé par le souverainiste Meyer Joshua Nurenberger), j'avais entrepris de nombreuses démarches   auprès du ministère des Affaires culturelles du Québec et de certains organismes de la communauté juive afin de publier un magazine de langue française qui exprimerait un point de vue juif sur la société québécoise. Ce furent finalement les dirigeants du Comité Canada-Israël qui acceptèrent mon projet dont l'objectif visait à faire mieux connaître la communauté juive du Québec ainsi que le pluralisme existant au sein de la société israélienne. On me proposa, dans le cadre du projet, de diriger au Québec le Comité Canada -Israël (CIC), fonction que je fus heureux d'accepter.  Je fondai au sein du CIC, le Comité Québec-Israël, qui fut la société éditrice de la revue Jonathan. 

C’est à la suite de la parution de mon ouvrage Mythe et images du Juif au Québec et de mes nombreuses interventions (médias, conférences, tables rondes) [1]visant à corriger certaines perceptions sur les Juifs et Israël que l’on m’invita à diriger au Québec l'importante organisation de la communauité juive qu'était le Comité Canada-Israël.

J'acceptai l’invitation dans la mesure où l’on m’offrait les moyens de publier un magazine de langue française qui permettrait d'explorer autant la diversité de la présence juive au Québec que le pluralisme présent au sein même de la société québécoise. Je proposai aussi que le caractère multiforme des réalités israéliennes puisse y être présenté, ceci dans un contexte où les approches le plus souvent favorisées par les organisations juives s'apparentaient à des versions officielles, teintées d'une coloration anglo-américaine.

Ce fut donc la naissance de la revue JONATHAN, que j'ai dirigée durant les cinq années de son existence, soit de 1981 à 1986.

On comprendra que des habitudes bien ancrées au sein des institutions juives rendaient difficile une présentation plurielle de la société israélienne. De plus, une méconnaissance de la société francophone parmi les leaders des organisations ne me facilitait pas la tâche. Il m'a fallu souvent entreprendre des démarches directes (et discrètes,,,) avec mes vis-à-vis en Israël (hauts fonctionnaires de divers ministères, universitaires, etc.) dont l’intérêt pour le Québec et sa culture me surprit et me fascina. C’est grâce à eux et grâce au soutien aussi de mon président, M. Ted Greenfield, que j’ai pu réaliser de nombreux projets tout en demeurant discret avec certains membres de mon Conseil d'administration. Ce fut cette collaboration directe avec les Israéliens et en toute discrétion que j’ai pu organiser la visite en Israël de Pierre Bourgault, dont les envolées lyriques suscitaient l’effroi de l’establishment juif anglophone de Montréal.  

Devrais-je ajouter que, dans le cadre mes interventions au sein des organismes de la communauté juive, de même que lors de mes échanges en Israël, j'eus l'occasion aussi - et je l'avoue ici bien humblement - de présenter des réalités peu connues sur l'évolution de la société québécoise et sur les aspirations légitimes du mouvement souverainiste alors que, comme on le sait, le gouvernement de M. Lévesque entamait en avril 1981 son deuxième mandat.

Outre la visite de Pierre Bourgault en Israël, j’ai pu réaliser de nombreux projets avec le soutien de Bernard Landry, alors ministre dans le gouvernement Lévesque. J'ai pu ainsi collaborer à la production d'un Supplément spécial sur le Québec, qui fut publié dans l'édition internationale du Jerusalem Post, et organiser une visite officielle en Israël des membres de l'Exécutif de la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN), à laquelle s’était jointe Monique Simard, vice-présidente à l’époque de la CSN. La revue Jonathan reçut en outre une invitation du ministère des Affaires étrangères israélien et une délégation d'écrivains québécois que j’ai eu l'honneur de diriger fut accueillie en Israël dans le cadre d’une visite officielle. Sans doute une première dans les relations israélo-québécoises ! 

Ce qu'il faut aussi ajouter, c'est qu'il n'était pas toujours facile de s'exprimer dans les tribunes de l'époque, et cela ne l'est pas plus facile aujourd'hui, lorsqu'on ne possède pas son propre média. J'eus par exemple plusieurs échanges avec M. Claude Ryan dans les années 1970 lorsqu'il s'agissait de corriger des articles erronnés sur Israël et sur les Juifs. Le directeur du Devoir n'acceptait de publier mes textes qu'après moult dicussions et négociations (pour ceux qui finirent par paraître). Lorsque vous préconisez l'esprit critique vis-à-vis de toutes les idéologies et de toutes les comunautés, cela ne vous attire pas toujours des amis et une censure systématique inévitablement s'ensuit auprès des milieux qui se pensent éclairés. À l'époque de Jonathan, et tout indépendantiste que je fusse (et que je continue d'être), je publiai des articles, entre autres, de Michel Morin, dont la pensée anti-nationaliste est bien connue, ce qui déplaisait aux cercles proches du gouvernement Lévesque et à une certaine élite. Je réalisais en outre des entrevues avec les milieux de la gauche israélienne ainsi qu'avec des Palestiniens et des Arabes israéliens. «Est-ce ainsi que l'on défend Israël ? », me demandait-on dans les milieux officiels. Une question évidemment que l'on ne me posait pas lorsque j'interviewai des représentants de la droite.

Je demeure toujours convaincu que c'est la confromtation des idées qui nous permet d'avancer et non le monolithisme de la pensée. 

Il n'est donc pas surprenant que des travaux produits par certains «universitaires» et prétendant se pencher sur l'histoire de la communauté juive du Québec omettent systématiquement de signaler l'existence de Jonathan ainsi que mes propres ouvrages. J'ai tenté de comprendre cette forme sournoise de censure ICI.

 

Pour les chercheurs sérieux qui s'intéressent aux rapports entre Juifs et Québécois et aux articles, analyses des nombreux collaborateurs et collaboratrices de même qu'aux entrevues réalisées par ces derniers, je signale que Jonathan est disponible pour consultation dans plusieurs bibliothèques au Québec, au Canada, aux USA et en Israël, Pour plus de précisions, voir Jonathan dans les Bibliothèques.

Compte tenu de sa place dans l'histoire récente et de son rôle dans les relations interculturelles au Québec, j'exprime le souhait qu'une version numérisée soit réalisée afin de rendre accessibles au public et aux chercheurs les articles et entrevues qui y sont publiés, ainsi que les débats auxquels elle a donné lieu.

Outre sa disponibilité dans les bibliothèques dont on trouvera la liste ICI, je rappelle que des exemplaires de la revue ont été déposés au Fonds Victor Teboul auprès du Service des archives de l'Université Concordia. V.T.

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[1]J’ai collaboré notamment à la série de 6 émissions intitulées « Nous, Juifs Québécois », réalisée par Raoul Fox, dont je fus un des deux recherchistes, diffusée en 1979- 1980, ainsi qu’aux 4 émissions de « En tant que Juifs », réalisée par Sandra Chitayat et diffusée en février 1980. Je fus l’animateur et le recherchiste de cette deuxième série. Elles furent produites par Radio-Québec (aujourd'hui Télé-Québec) dans le cadre de la programmation Planète, créée par le gouvernement Lévesque. MM. Jacques Couture et Gérald Godin, ont occupé successivement le poste de ministre de l'Immigration. La programmation avait comme mandat de faire connaître les communautés culturelles aux Québécois. 

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Mise en ligne, 19 mars 2021



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