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Des minorités visibles peu visibles dans les médias québécois

par Victor Teboul
Ph.D. (Université de Montréal)

Selon un sondage de Léger Marketing, dont les résultats sont rapportés par certains médias, plus du tiers des Québécois «issus de la diversité culturelle» estiment qu’ils sont sous-représentés à la télévision.

Notez la nouvelle appellation «issus de la diversité culturelle» pour désigner ceux et celles qui ne sont ni blancs, ni catholiques, ni…, bref, qui ne sont pas d’origine canadienne-française.

On peut déjà déceler, dans ces multiples appellations («communautés culturelles», «milieux multiethniques»), une certaine difficulté qu’éprouvent nos médias à assimiler cette différence pourtant si réelle dans la vie quotidienne des Québécois. Car l’identité québécoise est multiple et variée, mais cette variété a de la difficulté à percer le petit écran. Promenez-vous rue Sainte-Catherine ou dans le métro de Montréal et dites-moi si l'on retrouve le même monde dans les médias francophones du Québec.

Nous avons, pourtant, parmi nos grands journalistes et commentateurs, les Petrowski, les Foglia et les Laferrière, mais c’est comme s’ils étaient l’exception plutôt que la règle.

Après le tollé, créé le 31 décembre 2008, par Bye Bye 2008, l’émission de fin d’année de la télévision de Radio-Canada, on pourrait même se demander s’il nous fallait un sondage pour vérifier ce qui saute aux yeux : exception faite de quelques comédiens et d’un ou de deux écrivains noirs, rares sont les commentateurs d’une autre origine que canadienne-française qui sont les invités des plateaux de télévision québécois.

Et lorsque ces derniers y sont invités, on leur demande le plus souvent de commenter des questions ethniques !

Des Québécois francophones qui sont médecins (ou avocats ou spécialistes de n'importe quelle question) et noirs, ou juifs ou musulmans, pourtant ça existe. Pourquoi sont-ils (ou elles) si difficiles à trouver par les recherchistes de nos postes de télévision ? Serait-ce que nos journalistes ne côtoient pas des Québécois ayant d’autres origines ? Leurs seuls contacts seraient-ils uniquement avec les organismes officiels des communautés culturelles ?

J’aurais un conseil très simple à formuler aux journalistes francophones : veuillez observer vos collègues anglophones ainsi que les médias canadiens-anglais. Les personnes interviewées – qu’elles soient noires, blanches, asiatiques, juives, musulmanes ou autre – n'y sont jamais interviewées à cause de leurs origines, mais à cause de leur compétence, et cette compétence n’est jamais exclusivement blanche. De plus, les invités «issus de la diversité» ne sont pas interviewées en tant que représentants de tel ou tel groupe ethnique ou religieux, mais en tant que professionnels ou experts de tel ou tel domaine.

Par ailleurs, fait étrange, les résultats de ce sondage ne sont accessibles ni sur le site de Léger Marketing ni sur celui du Conseil des relations interculturelles qui en est le commanditaire.

Pour quelle mystérieuse raison ce sondage, financé par les sous des contribuables, ne peut-il pas être consulté librement ?

En 1987, le thème de l’assemblée annuelle de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) était consacré justement à la représentativité des membres des communautés culturelles dans les médias québécois.

J’avais moi-même participé à l’organisation de ce colloque et fait une présentation dans laquelle je comparais, pour des fins d’illustration, la place naturelle occupée par les citoyens provenant de groupes autres que Blancs dans les médias de langue anglaise et dans ceux de langue française. Ma présentation avait provoqué un débat assez musclé, mais plusieurs membres des médias dont le chroniqueur de La Presse, Gérald Leblanc, les journalistes Réal Barnabé et Jean Pelletier, étaient très conscients de la situation, et avaient initié des mesures qui avaient permis à plusieurs jeunes issus des communautés culturelles d’être embauchés à la télévision.

Vingt-deux plus tard, force est de constater que, malgré ces initiatives, peu de changements ont eu lieu dans les médias de langue française, à l’exception faut-il préciser du canal MusiquePlus (et ce depuis sa mise en ondes).

Comment expliquer cette lacune ?

Contrairement à ce qu’a laissé entendre une journaliste de Radio-Canada, il ne s’agit pas de travailler en collaboration avec les communautés culturelles afin de combler cette lacune, mais avec les Écoles de journalisme et de communications de nos universités, ainsi qu'avec la FPJQ.

Aucun journaliste n’a d’ailleurs pensé interviewer sur ce sujet des journalistes «issus de la diversité» dont plusieurs travaillent dans des médias, mais ne passent pas à la télévision. Le seul journaliste noir interviewé par Radio-Canada sur ce sujet, le 8 juin 2009, était, en plus, le directeur d’un média qui, sur son site, affiche comme partenaire …le Conseil des relations interculturelles, le commanditaire du sondage ! N’est-ce pas ce qu’on appelle, chez nous, être tricoté serré ?

S’il faut solliciter la collaboration des communautés culturelles, cela est nécessaire dans la mesure où on devrait inciter les jeunes de ces milieux à s’inscrire aux programmes de journalisme et de communications dans le cadre de leurs études au collégial et à l’université.

Il serait urgent aussi de vérifier du côté des politiques d’embauche des médias. Cela se fait-il de bouche à oreille ou existe-t-il des concours en bonne et due forme ?

 Paru le 9 juin 2009

Source :  http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=46863&L=fr
 



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